STOP-GAZ

Gaz de schiste : une impasse

Pourquoi refuser d'importer le gaz de schiste ? (2° partie)

Les importations de gaz de schiste en France. (2° partie)
     Les premières livraisons de gaz liquéfié américain(GNL, contenant du gaz de schiste) sont attendues ne France en juillet 2016, conformément aux contrats passés par EDF et par ENGIE. D'autres livraisons ont déjà eu lieu en Europe (Portugal, Suède). Des voix se sont élevées pour mettre en cause ces opérations, notamment la Ministre Ségolène Royal – qui aurait pourtant pu intervenir plus en amont sur ces contrats signés en 2014 par des entreprises où l'Etats a son mot à dire. Elle déclarait devant l'Assemblée Nationale, le 10 mai, vouloir interdire ces importations : "on ne peut pas interdire le gaz de schiste sur le territoire français pour des raisons environnementales graves et en même temps en accepter l'importation".
     Mais cet argument moral n'a pas une grande portée en pratique, car la France seule ne peut pas violer ouvertement les règles du commerce international.

 

La question dépasse d'ailleurs le cadre national, car on assiste depuis quelques années à une modification dans les marchés gaziers. Pendant longtemps dépendant de réseaux de gazoducs, il s'agissait de marchés "régionaux" (Europe, Amérique..) assez rigides. Pour des raisons géopolitiques et économiques, l'Europe vise à diversifier ses sources d'approvisionnement et à bénéficier de la chute des cours du gaz américain. Le développement des terminaux de liquéfaction/gazéification, des méthaniers de GNL, et de nouveaux réseaux de gazoducs entre dans cette stratégie. Ce mouvement n'est pas propre à la France, ni à l'Europe, mais touche le monde entier. En conséquence, si cette évolution devait être combattue ou réorientée, cela ne pourrait pas venir d'un seul pays ni même d'un petit groupe de pays. La problématique est d'ordre mondial. Et compte tenu du poids et de l'influence du secteur pétrolier et énergétique, et du rôle important joué par les Etats-Unis dans la production d'hydrocarbures, on imagine les difficultés à surmonter pour modifier ce mouvement.
    Faut-il alors abandonner la partie et se contenter d'une simple posture ?

Ceux qui défendent ces importations avancent deux arguments : économique et ecologique.
    Du point de vue économique, il est intéressant d'acheter du gaz américain, beaucoup moins cher que celui venant de Russie, d'Algérie ou même d'Europe (Norvège et pays-Bas essentiellement). De plus, multiplier les fournisseurs accroît l'indépendance énergétique et renforce le pouvoir de négociation des contrats d'approvisionnement.
    Du point de vue écologique, il est admis que la combustion du gaz émet moins de particules et moins de gaz à effet de serre que le charbon : deux fois moins de CO2par Kwh électrique produit dans les centrales à cycle combiné. Or, aux prix actuels du gaz et du charbon en Europe, le charbon est moins cher dans les centrales thermiques. Le recours au gaz américain rendrait à nouveau compétives les centrales à gaz, ce qui est mieux pour le climat. Cela permettrait de mettre fin aux nombreuses fermeture de centrales à gaz observées ces dernières années.
Si l'on accepte ces arguments, le recours au gaz américain aurait donc un double avantage, bénéfique à la fois pour l'économie et pour le climat.
   Mais ce raisonnement n'est pas correct car il repose sur une estimation biaisée des émissions de CO2 effer de serre, sous estimant celles de l'industrie gazière.

   D'autre part, il ignore la dynamique des innovations et des énergies renouvelables.
Il ne suffit pas de calculer les émissions de CO2 lors de la combustion du gaz ou du charbon dans une centrale thermique. Il faut prendre en compte toutes les émissions de gaz à effet de serre, depuis la production jusqu'à la combustion. Or il est maintenant prouvé, par plusieurs études scientifiques, que les techniques d'extraction d'hydrocarbures non-conventionnels (dont le gaz de schiste) génèrent des fuites de méthane. En dehors même des accidents (près d'un forage sur 5 serait "fuyard"), l'ouverture de fissures ou la réactivation de failles permet au méthane de migrer vers la surface. Ce processus est plus ou moins rapide et peut durer des années, plus longtemps que la durée d'exploitation. Ces fuites éparses sont difficile à détecter et à mesurer, et plus encore à maîtriser. Selon les études faites aux Etats-Unis, elles s'élèvent à plus de 4%, parfois jusqu'à 8% de la production. Elles ne sont pas comptabilisées dans les émissions de CO2 du gaz de schiste. D'autre part, il s'agit essentiellement de méthane (CH4) et non pas de CO2. Or, le méthane est un gaz ayant un effet de serre de 24 à 80 fois plus élevé que le CO2 durant sa durée de vie dans l'athmosphère.
Si on prend en compte ce phénomène de fuites de méthane liées à l'extraction du gaz de schiste, on peut estimer que celui-ci est à peu près aussi dangereux pour le climat que le charbon.

L'importation de gaz de schiste américain en Europe est alors injustifié du point de vue climatique.
   D'autre part, sur le plan économique, le renforcement du recours au gaz, avec les investissements que cela suppose en production, transport, liquéfaction etc. produit un effet d'éviction.

C'est à dire qu'il se fait au détriment de l'innovation et du développement d'énergies alternatives moins carbonées : solaire, éolien et autres énergies renouvelables. L'amélioration du rendement des panneaux photovoltaïques, le stockage de l'énergie intermittente, les économies d'énergie, sont par exemple des thèmes prometteurs aussi bien pour l'économie que pour le climat. Mais ils supposent des programmes de recherche et de soutien à l'innovation. Il serait utile de taxer les hydrocarbures fossiles pour financer les énergies renouvelables, plutôt que de continuer la fuite en avant dans le gaz et autres énergies fossiles.
    En résumé, faute d'interdire l'importation du gaz de schiste en France pour des raisons morales, il faut la refuser par cohérence avec les engagements pris lors des accords de la COP21, et qui viennent d'être ratifiés par le Parlement, pour lutter contre le réchauffement climatique.

Il s'agit à la fois de diminuer les émissions de carbone et de développer les énergies renouvelables.
Il faut non seulement ne pas en importer, mais ne plus en extraire.

S'il faut laisser 80% des hydrocarbures connus dans le sous-sol, autant commencer par les plus sales pour le climat : le gaz de schiste, les sables bitumeux, et tous les autres hydrocarbures non conventionnels.

Quelques références : (à compléter)


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